Thekchen Tcheuling, Dharamsala, Inde, le 2 avril 2025 — C'est par une matinée radieuse que Sa Sainteté le Dalaï-Lama a été accueilli à la porte de sa résidence par Vén. Thuksey Rinpoché et d'autres personnes. Il s'est ensuite rendu en voiturette de golf au pied du Tsuglagkhang, le temple tibétain principal. L'allée au milieu de la cour était bordée de moines et de moniales qui l'ont salué. Sa Sainteté a été escortée par des moines jouant des cornes et portant une ombrelle cérémonielle. Il est monté dans un ascenseur jusqu'à l'étage principal et a fait le tour du temple de Kalachakra et du Tsuglagkhang avant d'entrer dans le temple principal et de s'asseoir sur le trône. Thuksey Rinpoché, qui présidait la cérémonie, a offert une écharpe de soie traditionnelle en guise de bienvenue.
La cérémonie d'aujourd'hui s’appuyait sur un rituel d'Amitayus intitulé Une vie, un vase. Parmi une assemblée estimée à 5000 personnes, le groupe Droukpa Kagyou de moines, de moniales et de tokdens — des moines qui passent leur vie en retraite solitaire — était composé d'un peu plus de 300 personnes. Tous étaient assis au milieu du temple. Les membres du Parlement tibétain en exil étaient assis sur le côté du temple, à la gauche de Sa Sainteté, tandis que les secrétaires de l'Administration centrale tibétaine étaient assis sur le côté à sa droite. Les Kalöns en exercice et les anciens Kalöns étaient assis à gauche du trône et, à droite, Trulshik Rinpoché, Gyutö Khensur, Segyu Khenpo, Tashi Lhunpo Khenpo et Drepung Loseling Khensur.
La cérémonie commença par la Prière des trois continuums, le chant étant dirigé par un maître de chant masculin et un maître de chant féminin, soutenus par le rythme régulier des cymbales, des cors et des tambours.
Du thé et du riz sucré furent servis à l'assemblée.
Une table fut dressée devant le trône, sur laquelle furent déposés cinq gâteaux rituels de couleur blanche, jaune, rouge, verte et bleue. Cinq moines habillés en dakinis (danseuses célestes) entrèrent dans le temple, vêtus de robes de brocart de soie très élaborées et coiffés de couronnes à cinq feuilles. Ils se rassemblèrent devant le trône et dansèrent. Le but de cette partie de la cérémonie était de détourner les dakinis de leur souhait d'emmener le Lama dans leurs terres pures. Après s'être vu offrir des versets et un gâteau rituel symbolisant une rançon, les dakinis encerclèrent, l'une après l'autre, le trône et quittèrent le temple.
Les prières se poursuivirent, avec des vers tels que Veuillez bénir le Lama pour qu'il vive longtemps, Puisse le Lama vive pendant 100 éons. La prière de Samanthabhadra en sept branches fut également récitée. Thuksey Rinpoché s'avança pour présenter à Sa Sainteté un chapeau rouge et bleu ressemblant à un béret, qui provient d'un épisode de la vie de Tsangpa Gyaré, fondateur de la lignée Drukpa. Sa Sainteté le mit sur sa tête.
Thuksey Rinpoché, Tulku Sangyé Dorjé et Gyarawa Rinpoché firent l'offrande d'un grand mandala à Sa Sainteté, qui fut suivi par des offrandes des représentations du corps, de la parole et de l'esprit du Bouddha, d'un vajra, d'une cloche, d'un damarou et d'un phurba, ainsi que d'autres symboles. Une procession de personnes portant des symboles de bon augure, des dons de livres, de tissus, de céréales, et d’autres offrandes, traversa le temple.
Des prières furent formulées pour la longue vie de Sa Sainteté par ces mots : « Il n'y a pas d'autre Terre Pure comme celle-ci, veuillez rester ici. Il n'y a pas d'autre trône comme celui-ci, aussi ferme que le Mont Mérou, veuillez rester parmi nous ».
À la fin de la cérémonie, Thuksey Rinpoché présenta à Sa Sainteté les huit substances auspicieuses, puis des pilules de longue vie et le nectar de longévité. Après avoir demandé l'indulgence pour toute erreur ou omission, la vertu du rituel fut dédiée afin que tous les êtres puissent compléter les deux accumulations de mérite et de sagesse de sorte qu'ils puissent atteindre les corps-de-bouddha. La Prière pour l'épanouissement du Dharma, composée par Sa Sainteté, a été récitée.
Sa Sainteté s'adressa à l'assemblée :
« Aujourd'hui, les membres de la tradition Droukpa Kagyou ont fait cette offrande de longue vie. En venant ici, je me suis senti heureux et curieusement ravi d'assister à cette cérémonie. Vous avez fait du bon travail en servant le Bouddhadharma et je me suis donc senti heureux d'être ici aujourd'hui. Lorsque nous prions pour que le Dharma s'épanouisse, il ne s'agit pas de construire des monastères et des temples, mais de notre propre pratique, de gagner en confiance dans notre pratique. La pratique n'est pas une question de développement externe. Elle implique l'étude du contenu des trois corbeilles, des trois recueils d'enseignements, et la réalisation de ceux-ci est ce que nous entendons par l'épanouissement du Dharma.
« Sous la direction de mes maîtres, j’ai étudié, je me suis engagé dans le débat et j'ai utilisé la logique. J'ai étudié la Perfection de la Sagesse, la Voie du Milieu et bien d’autres choses. Vous aussi, vous pouvez étudier le Dharma et vous sentir imprégné par l'enseignement. Cela vous rendra heureux. C'est ainsi que j'ai vécu ma vie. Vous pouvez vous aussi vous engager dans la pratique des trois entraînements. En outre, si vous pouvez aussi réfléchir à la signification de la vacuité jusqu'à ce que vous en ayez une sorte de sentiment, de goût, vous obtiendrez la paix de l'esprit.
« Surmonter les obstacles n'est pas nécessairement lié à quelque chose d'extérieur à nous. Si vous êtes capable de prendre en compte la pratique de la bodhichitta et de la vacuité, quelles que soient les difficultés que vous rencontrerez, vous ne vous sentirez pas découragé ou abattu, votre cœur sera rempli de joie.
« Lorsqu'il s'agit de préserver le Dharma, comme le firent les maîtres indiens qui sont connus sous le nom des Six Ornements et des Deux Suprêmes, alors nous sommes des disciples du Dharma, des disciples du Bouddha lui-même. L'activité d'illumination du Bouddha, en particulier son enseignement, peut être vue sous de nombreux angles. C'est une activité vaste et ouverte, et non quelque chose d'étroit et de limité.
« En ce qui concerne le Trésor des connaissances supérieures » (Abhidharmakosha) et sa description de la cosmologie, je ne sais pas ce que Vasubandhu dirait s'il était ici aujourd'hui (et capable d'apprendre de la science). Cependant, j'ai mémorisé L’Ornement des réalisations (Abhisamayalankara), S’Engager dans la Voie du milieu (Madhyamakavatara), le Commentaire sur la cognition valide (Pramanavartika). Ces ouvrages sont très bons, très utiles, en raison de leur analyse critique de la nature des choses.
« Lorsque les scientifiques modernes s'intéressent au fonctionnement de l'esprit et des émotions, ils se tournent vers nous pour savoir ce que nous avons à dire à ce sujet et ils apprécient. Ils ne s'intéressent pas à l'aspect religieux des enseignements du Bouddha, mais à la manière dont la science bouddhique explique le fonctionnement de l'esprit et des émotions. Nous avons des discussions importantes et significatives à ce sujet.
« En tant que disciples du Bouddha, nous devrions donc, nous aussi, apprendre à connaître l'esprit et les émotions. Du temps du Bouddha, il y avait une Sangha quadruple. Toute la communauté était imprégnée de calme et de paix. Si nous parvenons à reproduire cela, nous en bénéficierons et ce sera bon pour le Dharma dans son ensemble. Cela incitera les autres à être également pacifiques.
« En tant que disciple du Bouddha, dès que je me réveille le matin, je médite sur l'esprit d'éveil de la bodhichitta et sur la vue de la vacuité. Je trouve cela apaisant. Cela me donne la paix de l'esprit. Et quand je donne des enseignements tirés des Trois Corbeilles, les gens apprécient.
« Sans parler des vies passées et futures, j’essaie de dire aux gens comment développer la paix de l'esprit dans ce monde, ici et maintenant, en développant la compréhension de notre esprit et de nos émotions. Beaucoup de gens apprécient cela, en particulier les scientifiques modernes tels que les neuroscientifiques et les psychologues.
« Quand il s'agit du Dharma, vous devriez étudier et apprendre les enseignements puis développer l'expérience de ce que vous avez appris en vous-même pour pouvoir ensuite le partager avec les autres. » Une vague d'applaudissements traversa le temple.
« Je remercie la tradition Droukpa Kagyou d’avoir offert ces prières pour ma longue vie. Je fais de mon mieux avec un cœur sincère pour aider les autres. Il est certain que, lorsque nous faisons des prières, avec un cœur sincère et un dévouement au bien-être d’autrui, ces prières porteront leurs fruits. »